On naît domina, on ne le devient pas

On a discuté avec Lady Sofia, une française domina pansexuelle et féministe qui nous a parlé de sa pratique du BDSM cérébral.

« Les femmes libérées ne sont pas bien vues dans notre société » m’explique Lady Sofia, artiste pluridisciplinaire de 44 ans qui pratique la domination cérébrale depuis trois ans. Après le décès de son époux et vingt ans de vie commune avec un « pervers narcissique, bipolaire, maniaco dépressif et schizo » selon ses termes, elle décide de reprendre le contrôle de sa vie. « J’étais un objet d’obsession, j’étais son trophée. Je ne me suis jamais rendue compte qu’il me rabaissait et m’humiliait continuellement. »

Pourtant, c’est grâce à lui qu’elle découvre le libertinage en 2012. Pour la convaincre, il lui rappelle qu’à l’époque de leur rencontre, elle était bisexuelle et que ce serait l’occasion de retrouver ses premières amours. Mais elle n’y prend aucun plaisir au début. « C’était atroce. Il me faisait des crises de jalousie. Je n’avais pas le droit de prendre du plaisir. En plus, on n’avait pas les mêmes goûts pour les femmes. Je suis quelqu’un de très cérébral et lui ne l’était pas. » La cérébralité est établie par des dialogues et des échanges. « C’est une connexion cérébrale avec l’autre personne », explique la domina.

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Débarrassée de ce fardeau, Lady Sofia change son profil sur Wyylde [réseau social libertin, anciennement netechangisme.com, ndlr.] et retrouve avec passion son caractère dominant, son côté expérimentaliste et sa panséxualité. « Je suis née comme ça. On naît domina, on ne le devient pas. Pendant 20 ans, j’ai dû me contenir, j’ai tué une partie de moi-même », explique la petite femme aux cheveux bruns très longs. Elle reprend aussi goût aux jeux BDSM (Bondage, discipline, domination, soumission, sadisme et masochisme) qu’elle a découvert étant plus jeune avec une femme. « Ce n’était pas une séance. Ça s’est fait assez naturellement. On commence par des attaches ou une petite fessée… » Après avoir essayé d’être dominée, elle avoue ne pas supporter les coups et avoir toujours tendance à reprendre la main sur la situation. « Ce n’est pas fait pour moi », dit-elle en riant.

« Les dominés ont besoin de lâcher prise et de décompresser. Les soumis, quant à eux, ont besoin d’appartenir à quelqu’un et veulent à tout prix faire plaisir. »

La domina n’est pas non plus du genre à offrir un collier de soumission ou à établir un contrat car pour elle « Ce sont comme des fiançailles ! ». Elle considère plutôt ses soumis comme des “patients” qui viennent la voir pour une consultation. Elle avoue tout de même aimer les lettres de demandes de soumission en bonne et due forme. Lady Sofia ne saurait dire combien de dominés et de soumis elle a eu entre ses mains depuis trois ans. Elle ne les compte pas mais distingue parfaitement les deux. Les dominés ont besoin de lâcher prise et de décompresser. Les soumis, quant à eux, ont besoin d’appartenir à quelqu’un et veulent à tout prix faire plaisir.

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Avant d’inviter un soumis ou un dominé à une séance, Lady Sofia prend le temps de discuter de longs mois pour cerner la personne qu’elle va dominer. « J’ai besoin de temps et de confiance. Je dois être sûre que la personne est stable psychologiquement. » Elle prend conscience des besoins et des envies du soumis. « Je ne suis pas là pour imposer, je dois ressentir ce dont l’autre a besoin à un instant T. » Ulysse*, 31 ans, ingénieur et soumis à la domina depuis juillet dernier confie : « Les échanges avec elle sont enrichissants et agréables. » C’est aussi ce que raconte Charles*, 59 ans, médecin et soumis sexuellement : « On a commencé à discuter il y a environ un an sur Wyylde et notre première rencontre date d’il y a six mois. » Ce qu’il préfère dans le BDSM c’est le fait de s’offrir. « C’est un don que l’on fait », explique-t-il.

« À partir du moment où ils t’ont possédée physiquement, ils n’ont plus d’intérêt pour toi. Une domina doit susciter le fantasme, elle doit avoir du charisme et de l’emprise. »

Pour sa première séance, la domina avait convié une de ses amies, domina elle aussi. Il raconte précisément : « Lady Sofia m’a accueilli, m’a demandé de me mettre nu puis elle m’a bandé les yeux. Après quelques longues minutes d’attente appuyé contre un poteau, les deux dominas m’ont attaché les mains. Elles ont joué de moi en me faisant marcher à quatre pattes tenu en laisse. Ensuite, elles m’ont fouetté avec un martinet. […] Pour finir la séance, Lady Sofia m’a fait m’allonger sur une table gynécologique et elle m’a pénétré avec un gode en douceur. »

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« Tu verras, je ne m’habille pas comme les autres dominas. Je ne mets pas de latex. Je suis plus dans l’élégance », avoue-t-elle à notre photographe. La domina est considérée comme un ovni dans le milieu BDSM. Elle n’a aucune relation sexuelle avec ses soumis, elle explique pourquoi : « À partir du moment où ils t’ont possédée physiquement, ils n’ont plus d’intérêt pour toi. Une domina doit susciter le fantasme, elle doit avoir du charisme et de l’emprise. » Elle s’autorise toutefois un écart lorsqu’elle domine une femme : elle utilise sa langue pour la partie clitoridienne. Lady Sofia réussit à dominer avec douceur, elle analyse leur comportement en amont. « J’ai une approche du BDSM complètement différente des autres dominas et maîtres. Je réussis à amener les soumis plus loin que leurs limites sans les brusquer. Quand tu es à l’écoute de l’autre, tu sais quand tu dois t’arrêter. »

La quadra au visage d’ange dénonce aussi les pratiques de certaines dominas qui sont « dans la vengeance ». Elle ne conçoit pas que ces femmes vident leurs nerfs sur leur soumis ou s’en servent comme objet sexuel. Lady Sofia nous confie d’ailleurs qu’elle ne recommencera pas une séance avec une autre domina après son expérience avec Charles. « Je ne prenais pas de plaisir, je devais la surveiller sinon elle allait trop loin», raconte-t-elle.

« Mais ce n’est pas la seule chose que Lady Sofia fait avec ses talons… Elle peut les masturber et leur écraser les testicules ou le sexe avec. »

Pendant ses séances, la domina a quatre phases : la soumission, l’humiliation, la punition et la possession. Quand elle parle d’humiliation, elle précise toujours : « Je ne fais pas dans la dépravation ! » L’humiliation dépravatrice concerne notamment les pratiques scatologiques et urologiques. Lady Sofia commence toujours par bander les yeux de ses soumis pour « accentuer leurs sensations et qu’ils puissent lâcher prise ». Elle aime bien les attacher avec des menottes en cuir, des cordes ou encore des serflex (collier de serrage utilisé en bricolage). Puis, elle leur demande généralement de faire le “tapis de sol” ou la “table basse”. Elle peut leur marcher dessus avec des talons aiguilles bien sûr en contrôlant toutefois son poids. « Certains sont fétichistes, ils ont besoin de sentir. » Mais ce n’est pas la seule chose que Lady Sofia fait avec ses talons… Elle peut les masturber et leur écraser les testicules ou le sexe avec.

Pendant la phase de possession, elle pratique le fist anal avec des gants ou le massage prostatique. Ils n’ont pas le droit d’éjaculer sauf si elle le demande. « Pas sur moi ! Ils peuvent jouir sur mes chaussures mais ils doivent nettoyer », annonce-t-elle avec un sourire au coin des lèvres. La domina utilise aussi des jouets notamment des paddles [tapette dure en cuir, ndlr.], un snake [sorte de fouet, ndlr.] ou encore un appareil envoyant des petites décharges électriques qui a laissé de jolis souvenirs à Charles et Ulysse. Son préféré ? La cravache évidemment.

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Elle affirme cependant ne jamais franchir la limite de la douleur. Aucun de ses soumis n’a jamais prononcé le safeword [mot de sécurité pour arrêter la séance à tout moment si la douleur est trop intense, ndlr.] « Ça ne sert strictement à rien ! À force de supporter les coups, à un moment donné, le cerveau se déconnecte du corps. C’est là que l’on arrive sur des extrêmes notamment sur des jeux médicalisés. » Dans ces pratiques, on retrouve les jeux d’aiguilles, les mutilations ou encore les jeux avec des seringues (des produits sont injectés dans le corps du soumis). Lady Sofia ne les pratique pas. Tout comme elle ne pratique pas la domination 24 heures sur 24 ni celle à distance. Chacun peut reprendre le cours de sa vie après la séance.

« Les femmes sont traitées comme des objets. Pendant les soirées libertines, les organisateurs leur demande d’apporter plusieurs tenues et de se laver même si elles n’ont rien fait. Ils leur disent aussi quand et comment elles doivent jouir. »

La domina a besoin de sa liberté et de son indépendance. « J’aime mon autonomie », confirme-t-elle. Elle ne veut plus respecter les règles qu’on lui impose ou appartenir à quelqu’un après ce qu’elle a vécu. « On m’accepte comme je suis ou on va voir ailleurs. Pour personne je ne renoncerai à qui je suis », clame-t-elle. D’ailleurs, elle soupire en expliquant que la condition des femmes dans le milieu libertin laisse à désirer. « Les femmes sont traitées comme des objets. Pendant les soirées libertines, les organisateurs leur demande d’apporter plusieurs tenues et de se laver même si elles n’ont rien fait. Ils leur disent aussi quand et comment elles doivent jouir. » Elle enchaîne : « On est humiliées quotidiennement ! On a l’impression d’être des êtres inférieurs alors que ce n’est pas le cas. On est beaucoup moins complexes que les hommes. Personne ne devrait nous imposer des règles qui n’ont pas de sens. »

*Le prénom a été modifié.

Remerciements à Victor, propriétaire du club libertin La Marquise (84 rue Saint-Honoré, 75001 Paris).

Judith BOUCHOUCHA, photos Haruko Daki

Article publié sur Vice le 4 janvier 2019.

Vis ma vie de soumise

« J’ai vécu une sexualité traditionnelle pendant 25 ans. Je trouvais ça ennuyeux. J’avais envie de marques sur mon corps », explique Barbara. Maso, uro, adepte du fist-fucking ou de la sodomie, plusieurs soumises racontent leurs quêtes de la jouissance.

Sur Facebook, Trésor affiche fièrement son collier de cuir noir à pointes. Stan, son maître, commente : « Voici le collier de ta soumission totale ». Cette cadre manageuse de 27 ans est ce que l’on appelle une soumise dans le milieu BDSM (bondage, discipline, domination, soumission, sadisme et masochisme). Elle ne retire jamais son bijou. Son maître peut y attacher une laisse. Il le lui a offert il y a un an. Son dressage s’est terminé après deux années d’apprentissage. L’accessoire signifie qu’elle lui appartient entièrement. « Je le laisse gérer ma vie », confie la Parisienne.

Le couple s’est rencontré au travail. Deux à trois fois par semaine, ils se retrouvent chez Trésor. Cet appartement, c’est Stan qui l’a choisi pour elle. Avant d’arriver, le dominateur lui envoie des consignes précises par message. Il lui demande par exemple de fermer les volets, de préparer les menottes, la cravache ou les chaînes. « Lorsqu’il arrive, il peut m’attacher les mains avec des cordes ou des chaînes. Je dois m’occuper de lui. Puis, je dois m’installer dans une position spécifique pour recevoir des coups de cravache ou de ceinture. » La soumise n’a pas le droit de refuser quoi que ce soit. Elle ne doit pas exprimer clairement ses besoins et ses envies, ni même jouir sans autorisation préalable.

SOUMISE MODE D’EMPLOI

Un contrat est généralement établi au début d’une relation dominateur-soumise. Il existe aussi, à l’inverse, des dominatrices et des soumis ainsi que des couples homosexuels. La soumise y inscrit ses fantasmes, les pratiques qu’elle accepte et celles qu’elle refuse catégoriquement. Il évolue bien sûr au fil du temps. Un safeword [trad. mot de sécurité] est défini par la femme. Il permet d’arrêter la séance dès qu’elle le prononce si la douleur n’est plus supportable. Ce mot n’a aucune connotation sexuelle. Eva Delambre, auteure de romans érotiques BDSM, analyse :

« On donne un pouvoir à la soumise, ce qui est contradictoire mais aussi indispensable pour sa sécurité. »

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Le rituel universel est d’appeler son dominateur « Monsieur ». / Crédits : Haruko Daki

Jérôme, 50 ans, est dominant sexuellement. Une fois par semaine, son épouse l’autorise à voir d’autres femmes et hommes, car elle ne kiffe pas trop les fessées. Il raconte la fois où il a été trop loin avec l’une de ses soumises : « Pendant mon apprentissage, j’ai voulu aller au-delà des limites [physiques et morales] de ma soumise en la fouettant, pour voir comment elle réagissait. J’ai joué avec le feu et on s’est brûlés tous les deux. Après, elle m’a engueulé. » Ces limites représentent le point de rupture dans la notion de consentement. Elles peuvent mettre un point final à la relation.

Il y a, par ailleurs, des règles à respecter pour être une bonne soumise. Le rituel universel est d’appeler son dominateur « Monsieur » et de ne jamais le tutoyer, sauf si elle considère qu’il n’a plus d’impact sur elle. Les 12 règles de la soumise, disponibles sur internet, précisent qu’une personne en position de soumission doit obéir à tous les ordres de son maître, ne jamais le regarder dans les yeux ou encore ne pas croiser les jambes. Ces instructions ne sont pas obligatoires ni suivies par toutes.

Si elle le déçoit ou si elle faute, il peut alors la punir en lui faisant subir des pratiques qu’elle ne désire pas. Lorsqu’Elsa, 38 ans, soumise et en couple depuis 2016, commet une erreur, Pierre la frappe avec une cuillère en bois ou la prive de son collier – qu’elle ne retire jamais – pendant plusieurs jours.

En contrepartie de cette pseudo-bienséance, la soumise a deux droits. Elle peut choisir son maître et le quitter s’il ne la satisfait plus. Auquel cas, si elle détient un collier, elle lui rend ou le découpe.

PAPY PERVERS

Patrick Le Sage est dominateur depuis près de 38 ans et probablement le plus prisé de tout Paris. Depuis l’acquisition de sa cave proche de Nation en 2000, il y a accueilli plus de 300 soumises. Ce donjon BDSM est un lieu marquant. Dès que la porte blindée grise s’ouvre au fond de la cour, on découvre des dizaines de petits pots en verre remplis de culottes sur une étagère. Il les collectionne comme des trophées.

Son initiation à la domination, il la doit à Gladys, sa première soumise. Il a 34 ans à l’époque. L’homme aux faux airs de DSK développe :

« Pour moi, ça n’existait pas. C’était une hérésie. On ne peut pas mettre des gifles à une femme en pensant que ça lui fait du bien et la baiser ensuite ! »

Pourtant, il y prend vite goût. Patrick cherche alors de nouvelles femmes voulant tenter l’expérience et s’arme de patience. Le minitel et internet n’existaient pas à l’époque. Aujourd’hui, couples et femmes viennent à lui principalement grâce au bouche-à-oreille. « Les époux me contactent pour que je domine leur femme. »

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Ce monsieur a un donjon BDSM… / Crédits : Haruko Daki

PATRICK LE SAGE FAIT DU SALE

« Ici, on utilise 3.000 capotes par an », lance le septuagénaire à la chevelure grisonnante. Au sous-sol, lieu des séances, il a aménagé différents espaces pour attacher les soumises par les pieds ou les mains et même sur une croix, selon la pratique du bondage. Dans un coin, des chaînes métalliques jonchent le sol. Patrick est fier de montrer les outils qu’il a fabriqués lui-même, comme cette scie circulaire transformée en gode vibrant ou ces rasoirs électriques devenus stimulateurs clitoridiens. Tout le matériel est protégé pour éviter la transmission de maladies. Une fois ces objets utilisés, il les dépose dans un plateau chirurgical pour les nettoyer. Le dominateur a également installé un cercueil en bois ainsi qu’un confessionnal récupéré dans une église. À l’intérieur, il écoute, à la manière d’un prêtre, le contrat de sa soumise. Un peu partout, il a aussi disposé des cages et même une cellule grillagée où certaines passent la nuit.

Patrick Le Sage ne « baise » jamais ses soumises, sauf exception. Il préfère laisser la tâche à ces « godes à pattes », une horde de trois à dix hommes qui lui obéissent au doigt et à l’œil. La séance se transforme alors en gang-bang.

Avec ses soumises, Patrick Le Sage pousse le vice à fond jusqu’à inscrire ses initiales partout, comme une marque de domination. En témoigne le corps d’Arcane, une ancienne soumise: ils les lui a tatouées sur la nuque, cousues sur le pubis avec des lettres en diams et même inscrites au fer sur la fesse droite. Il l’a aussi mutilée en gravant « salope »au cutter dans le bas de son dos.

TA DARONNE EST SUR GLEEDEN

Les soumises contactées par StreetPress ont principalement découvert la soumission sur le web après une relation conventionnelle, communément appelée « vanille » dans le milieu BDSM. Elle représente la « position du missionnaire dans le lit le dimanche soir, et rien d’autre… » d’après un blogueur.

Clarisse, blogueuse de 26 ans, raconte : « J’avais 13 ans la première fois que j’ai demandé à mon copain de me contraindre sexuellement, mais il a refusé. J’avais besoin de quelqu’un qui m’empoigne. » Elle rencontre son premier maître, Charles, à 21 ans. « Lui en avait 42, la différence d’âge m’excite énormément. Notre relation a duré deux ans et s’est terminée par un énorme mensonge de sa part. Alors que dans le BDSM, les deux points principaux, selon moi, sont la confiance et la sensualité. »En effet, les soumises confient leur corps à leur dominateur, elles ne doivent pas avoir de doutes.

Barbara, aide à domicile de 54 ans, a, quant à elle, découvert la soumission il y a quatre ans.

« J’ai vécu une sexualité traditionnelle pendant 25 ans avec mon ex-mari. Je trouvais ça ennuyeux, mais je n’ai jamais rien dit. J’avais envie de marques sur mon corps. »

Après sa séparation, elle traîne sur Gleeden à la recherche d’un homme à caractère dominant. « Mon ancien maître aimait beaucoup la cravache et les morsures. Mais notre relation était malsaine, c’est un pervers narcissique », confie-t-elle. Avec son actuel « amant dominant », qu’elle fréquente depuis quelques années, c’est plus simple. Il prend plus soin d’elle sexuellement parlant. Côté pratique, il lui urine dessus, la sodomise ou la fiste [poing enfoncé dans le vagin ou dans l’anus]. La douche dorée, c’est-à-dire le fait d’uriner sur une personne, est un procédé qui revient fréquemment dans ce milieu. Il représente une certaine jouissance. « J’aime beaucoup la transgression ! », assure la cinquantenaire. Elle avoue même qu’elle adorerait « pouvoir faire des choses dans un lieu de culte ».

PETITS PLAISIRS COUPABLES

Dans le BDSM, les pratiques sont multiples, et la douleur ou l’humiliation sont monnaie courante. Elsa est masochiste. Ce n’est qu’après avoir regardé le film 50 nuances de Grey, sorti en 2015, qu’elle a un « déclic » et commence à se renseigner sur le milieu. Elle détaille son plaisir sans culpabilité :

« Lors d’une séance, après 150 coups de cravache, de martinet et de paddle [tapette dure en cuir], j’ai déclenché une fontaine [éjaculation féminine] alors qu’il n’y a pas eu de contact entre mon homme et moi. C’est de la jouissance créée par le plaisir de la frappe. »

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Le fameux mur de culottes – trophées. / Crédits : Haruko Daki

Pour Clarisse, il a été plus compliqué d’assumer son penchant pour la douleur. « Avec mon premier maître, on est allés au bout de mon plaisir maso. Il m’a dit qu’il n’avait jamais frappé personne aussi fort et qu’il n’avait pas retenu ses coups. Je me suis sentie terriblement honteuse. » Cette séance lui ouvre les yeux sur la sexualité qu’elle désire.

Pauline, 40 ans, soumise depuis plus de deux ans à son maître Rémy a, elle, difficilement accepté l’humiliation« Le plus long cheminement pour moi a été de marcher à quatre pattes à côté de mon maître. Avoir une soumise à ses pieds est une jouissance psychologique pour lui », explique la Nantaise qui apprécie par ailleurs la douleur. Elle a récemment porté des pinces à linge sur les lèvres vulvaires pendant une heure pour satisfaire le plaisir de son maître qui vit à Paris et s’est aussi donnée quelques coups de badine [baguette mince et longue].

VIE ADULTÈRE

Les soumises assument difficilement leur sexualité auprès de leur entourage. Le sadomasochisme, considéré comme une pratique déviante, est un sujet complexe à aborder lors d’un déjeuner dominical.

Afin de ne pas vivre dans la privation, elles mènent parfois une double vie. Pauline a caché sa relation avec son dominant Rémy à son époux pendant neuf mois, jusqu’à ce qu’il la découvre et l’accepte « par amour ».

Pour Déola, 39 ans, soumise de Patrick Le Sage depuis plus d’un an, c’est tout autre chose. Elle est mariée depuis dix-huit ans et vit ses « plaisirs personnels et [son] vice seule ». « La vie d’une femme adultère est frénétique et passionnante. Pour pouvoir la mener à bien, il faut être vigilante aux moindres détails et accepter la frustration qui en découle de ne pas faire ce que l’on veut quand on le veut », ajoute cette ouvrière dans une PME. Il y a sept ans, elle découvre le sadomasochisme avec son amant de l’époque. Elle se rappelle :

« Il a intégré différents outils de torture à nos entrevues, comme des pinces à seins et un spéculum [écarteur] anal. J’aimais ce mélange de torture et de plaisir qui exalte chaque sensation.»

Avec Patrick, elle aime se sentir « tel un objet de métal » lorsqu’il accroche des mousquetons sur tout son corps.

LE BDSM COMME LIBÉRATION

« Les soumises ont des caractères très forts dans la vie de tous les jours. Pendant les séances, elles peuvent lâcher prise », explique Barbara. Elles se donnent à l’autre pour se libérer des pressions quotidiennes, comme Déola qui fait « tomber le masque et [s]’abandonne ». Elles se découvrent de nouvelles limites et ont l’impression de se dépasser. « J’aime l’idée de vivre ma sexualité sans me conformer aux valeurs imposées par la société », conclut la blogueuse Clarisse.

Article publié sur Streetpress le 31 octobre 2018. Réalisé en partenariat avec le CFPJ.

Démonia, le temple du BDSM au coeur de Paname

« Au début Démonia, c’était un minitel de chat SM », se souvient Miguel. Depuis sa petite entreprise a bien grandi jusqu’à devenir le magasin phare des fans de BDSM. Deux fois par an, l’équipe organise même une teuf… où tout est permis.

Avenue Jean Aicard, Paris 11e – Jean (1) pousse le lourd rideau rouge et se faufile dans le hangar. Il passe à la boutique Démonia de temps en temps à la recherche d’une nouvelle tenue pour pimenter sa vie sexuelle. Démonia est le plus grand shop BDSM de la capitale. Avec ses 400 m2 de rayons, ils déjouent les appétits des plus téméraires.

Aujourd’hui, le quinqua ultra bobo aux lunettes carrées s’attarde sur un caleçon en cuir décoré d’une fermeture éclair. Il aimerait bien « tout acheter mais [son] budget ne le permet pas ». Sébastien, le vendeur, arrive à sa rescousse. L’homme à la longue barbe rousse précise :

« On accompagne les clients dans leur sexualité. »

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Sous le signe du D / Crédits : Judith Bouchoucha

SEXSHOP TAILLE XXL

« Démonia, à la base, c’était un minitel de chat SM. Puis c’est devenu un magazine avec de la vente par correspondance avant d’être le plus grand sexshop de Paname », explique le responsable. Depuis cinq ans, Miguel, la trentaine dépassée, fait tourner la maison. Il passe son temps à courir dans tout le magasin. Entre les fournisseurs à gérer et les clients à conseiller.

Il porte un tee-shirt noir avec un chaton tout mignon dessus. Rien à voir avec l’ambiance qui règne chez Démonia :

« C’est totalement différent des boutiques que l’on trouve à Pigalle ou dans la rue Saint-Denis. Là-bas, ce ne sont que des touristes. Nous, notre clientèle est fidèle. Mais on n’achète pas un sextoy comme on achète une baguette. »

Malgré sa devanture discrète, le temple du BDSM contraste avec l’ambiance plutôt calme du quartier. Des papys tapent la pétanque dans le parc d’en face. Accessoires, tenues fétish, lingerie en cuir ou transparente, chaussures à plateformes et godes-ceintures sont légions. On se croirait chez H&M, mais en trash. Ici, les rayons sont classés par genre et par catégorie.

« Deux fois par an, on organise la Nuit Démonia », ajoute Miguel. 1 700 personnes se pressent à la plus grosse soirée fétish de Paris. Impossible d’y entrer si on ne respecte pas le dress code. « Ils doivent avoir au moins le bas en cuir, vinyle, latex ou lycra laqué. » Le prochain rendez-vous est donné le 27 octobre 2018 au Faust, sous le pont Alexandre III.

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Habillée pour l’été / Crédits : Judith Bouchoucha

DES HABITUÉ.E.S

Des fans de 50 shades of Grey aux papys qui veulent montrer qu’ils en ont toujours dans le caleçon, la clientèle ne connaît pas de limite d’âge. Et pour cause chez Démonia, ils sont aux petits soins. Chaque produit est testé par l’équipe de vendeurs. « À force de les conseiller, nous aussi on a envie de les essayer ! », dit Miguel en rigolant. Pour le manager :

« Le BDSM est la seule sexualité possible. Elle permet d’innover tout le temps. »

Près du rayon vibromasseurs, une anglo-saxonne essaie différentes robes en latex devant la glace. La petite brune demande joyeusement au vendeur : « Vous préférez laquelle vous ? ». Son compagnon de shopping, un homme bedonnant avec de larges pattes, regarde avec envie ses courbes généreuses. Sébastien lui conseille d’acheter aussi les produits d’entretien. Il avoue à StreetPress :

« Le latex c’est joli à regarder mais difficile à nettoyer et à faire briller. En vrai, ce n’est pas hyper agréable à porter. »

Même pour enfiler la tenue, il faut se badigeonner de produit lubrifiant.

De l’autre côté du hangar, Mère Dragon et son soumis Jack sont venus choisir un collier rembourré en cuir noir. « Il officialise sa place auprès de moi », précise la domina de 24 ans en lui choisissant un bijou. Grande, crâne rasé avec une crête grise sur le côté, tatouée sur tout le corps, cette performeuse cracheuse de feu est une habituée des lieux.

« La première fois que je suis venue ici, j’avais 18 ans. J’ai acheté des bas en latex. L’équipe de vendeurs est d’une précieuse aide.»

Depuis, elle vient tous les mois ; Démonia est devenu son second Carrefour.

DÉMONIA

22 avenue Jean Aicard, 75011 Paris
Du lundi au samedi de 11h30 à 19h30

(1) Le prénom a été modifié

Article publié sur Streetpress le 10 juillet. Réalisé en partenariat avec le CFPJ

Les Intelloes : un webzine féminin et féministe

Les Intelloes est un magazine féminin lancé en janvier 2016.

Bref résumé de mes missions :

  • Sélection littéraire mensuelle de juillet 2017 à octobre 2018
  • Interviews
  • Portraits
  • Reportages
  • Enquête
  • Community manager

Articles réalisés pour lesintelloes.com

Rustica.fr : un magazine pour les jardiniers

Bref résumé de mes missions :

  • Rédaction
  • Intégration, éditing et optimisation SEO de contenus pour le site
  • Community management

Articles écrits pour rustica.fr :

Vidéos réalisées pour rustica.fr  :

 

Système D.fr : un magazine pour les bricoleurs

En octobre 2015, je rejoins le pole digital du groupe Cambium Media (anciennement groupe Rustica) en tant que stagiaire. L’équipe me forme aux techniques de la rédaction web. Je continue l’aventure en contrat de professionnalisation. Depuis, mon poste et mes responsabilités n’ont cessé d’évoluer.

Bref résumé de mes missions :

  • Intégration, éditing et optimisation SEO des contenus pour le site
  • Rédaction
  • Community management
  • Analyses des statistiques
  • Webmaster
  • Préparation et suivi des newsletters

Articles écrits pour le site systemed.fr :

Les youtubeuses Camille & Justine « se vengent sur la politesse et la bienséance » et c’est drôle

Les comédiennes Camille & Justine s’attaquent aux gens chiants dans leurs vidéos sur YouTube et disent tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Les vegans, les clients relous au resto, les geeks, les anti-avortements et même le froid: les YouTubeuses Camille & Justine n’hésitent pas à tirer, avec beaucoup d’humour, sur tout ce qui bouge, ou presque. Camille Giry, 27 ans, et Justine Lossa, 25 ans, sont comédiennes de formation. La première a grandi dans un petit village en Isère et la seconde en banlieue parisienne. Les deux jeunes femmes se sont rencontrées au cours Florent en 2012, et depuis, elles ne se quittent plus et se voient parfois quatre fois par semaine. Contrairement à ce qu’elles laissent transparaître dans leurs vidéos, elles ne sont pas colocataires: “Chacune a son espace et c’est mieux pour nous deux!

Pour remplir le frigo et payer son loyer, Justine Lossa est barmaid dans un restaurant depuis quatre ans tandis que Camille Giry donne des cours d’improvisation. Pour assouvir leur besoin d’expression, elles font du théâtre avec leur troupe Les Moustaches Sauvages. Les deux copines se découvrent une passion pour les planches à 12 et 15 ans. “Nos parents ne nous ont jamais empêchées de faire du théâtre, ils sont très cool et encourageants.” Pour entrer au cours Florent, Justine Lossa obtient un bac littéraire et Camille Giry un bac scientifique puis un DUT en multimédia. Les comédiennes lancent leur chaîne Youtube en avril 2016.

Un an plus tard, une de leurs vidéos fait le buzz. “Lâchez-nous l’utérus! Lâchez-nous l’utérus!”: leur coup de gueule sur le mouvement anti-avortement Les Survivants est visionné plus d’un million de fois sur Facebook. “On a été touchées par ce mouvement qui veut bafouer les droits des femmes. On doit expliquer pourquoi un tel mouvement ne doit pas exister”, assure Justine Lossa.

Installées devant l’ordinateur de Camille Giry, les deux amies se lancent sur un sujet de société et mettent en marche la caméra. Chacune termine la phrase de l’autre. Les punchlines s’enchaînent et les fous rires aussi. Le rire et la caricature pour critiquer et/ou dénoncer le quotidien, c’est leur credo. Au montage, les comédiennes s’amusent à ajouter des “inserts” de Picsou, de Pulp Fiction ou encore de Friends. Leur extrait préféré: la chèvre qui hurle. “Plus c’est connu, plus ça parle, plus c’est drôle”, disent-elles.

Camille Giry et Justine Lossa cherchent maintenant un “angle d’attaque” pour dénoncer les crimes contre les homosexuels en Tchétchénie: “On ne peut pas sortir cette vidéo à chaud. Cette histoire va finir par nous énerver et on va pondre quelque chose dessus. On veut pouvoir en rigoler. Mais l’homophobie nous dépasse, des gens meurent à cause de ça…”. En attendant la prochaine vidéo, les deux humoristes nous en disent un peu plus sur leur duo.

Comment sont nées vos premières vidéos?

En tant que comédiennes, on a besoin d’images pour montrer notre travail. Les dix premiers épisodes ont pris la forme d’une websérie. Cette expérience semi-professionnelle, avec une équipe et un scénario, nous a pris beaucoup trop de temps. On a eu envie de faire autre chose. On a voulu voir comment les gens allaient réagir à nos délires. Avec les vidéos face caméra, on s’éclate beaucoup plus et on explore l’improvisation. On se rend compte que le sujet est plus important que les moyens techniques utilisés et puis, le public d’Internet n’en demande pas tant. La spontanéité paye finalement!

Comment choisissez-vous les sujets à traiter?

On ne choisit pas nos sujets à l’avance. Les idées nous viennent du quotidien, généralement, c’est un évènement ou un sujet qui nous énerve ou qui nous saoule. Comme on est souvent ensemble, on en discute et hop, on tourne! Dans nos vidéos, on raconte simplement ce qu’il se passe dans nos vies en le caricaturant.

C’est un moyen de dénoncer certaines choses? 

Dans la vie, il y a des trucs qui nous font chier et on a envie de le dire. On en a marre du froid, marre de ne rien comprendre à ce que raconte notre pote geek, marre de nos potes en couple, alors on fait une vidéo. Autre exemple, les vegans nous cassent l’utérus donc on le dit franco. D’ailleurs, cette vidéo a été très mal interprétée, mais ce n’est pas du tout une dénonciation, on trouve ça très bien d’être vegan! En fait, on tape sur tout et sur n’importe quoi, on est des grandes gueules. Par l’intermédiaire de ces vidéos, on se venge sur la politesse et la bienséance.

Peut-on se moquer de tout?

On aimerait bien répondre un oui franc et sincère mais ce n’est pas tout à fait faisable. On essaie de ne pas se mettre de barrière. On veut rigoler des sujets qui nous dépassent, tout en les dénonçant. Mais tous les mots et toutes les pensées ne sont pas audibles par tous. Il n’est pas question de se restreindre sur tout, mais il faut parfois faire attention à ce que l’on dit. On veut mettre des taquets, pas cracher sur les gens.

Ces vidéos ont-elles changé quelque chose pour vous? 

Pour l’instant, rien de concret! (Rires.) Ces vidéos nous servent d’exutoire: une fois qu’on a parlé d’un truc qui nous énerve, on se sent beaucoup mieux après et c’est pareil pour les gens qui nous regardent. Elles ont aussi changé le regard de nos proches, on gagne une petite reconnaissance pour le travail fourni. Et grâce aux articles de presse, on gagne en visibilité et c’est chouette!

Le fait qu’on n’ait pas de filtre est analysé différemment parce qu’on est des femmes. C’est dommage.

Quand on pense YouTubeuse, on pense beauté, comment faire pour que ça change?

On n’a jamais pensé à faire des tutos beautés. Il faut que des femmes comme nous osent et prennent la parole sur des sujets de société. 80% de femmes qui font des vidéos traitent de beauté. Ce chiffre sous-entend que les 20% restants sont des femmes féministes. On n’en avait pas conscience. Il faut mettre fin au débat: on peut être une femme qui fait des vidéos sans arrière-pensée féministe.

YouTube est-il un espace d’expression intéressant pour les féministes?

Internet est un espace d’expression pour n’importe qui. On ne parle pas qu’aux femmes ou qu’aux hommes, on n’est pas genrées. Mais on a quand même droit à des remarques sexistes du genre “vous parlez mal pour des filles”.  Le fait qu’on n’ait pas de filtre est analysé différemment parce qu’on est des femmes. C’est dommage.

Vous sentez-vous féministes?

On est simplement pour l’égalité et la justice. Quand des anti-avortement veulent bafouer les droits des femmes, ça nous révolte. On nous reproche de ne pas avancer d’arguments mais, quand on dénonce un tel mouvement, on n’a pas à expliquer pourquoi il ne doit pas exister. Une chèvre qui crie illustre parfaitement bien ce qu’il se dit dans cette association. Le féminisme est une cause que l’on va défendre parce qu’on est des femmes qui font des vidéos.

Propos recueillis par Judith Bouchoucha

Un article initialement publié sur cheekmagazine.fr, le 27 avril 2017. Repris sur le site des Inrocks.

Enquête : la sexualité pendant les règles, un tabou qui résiste

Dans un contexte de libération de la parole autour des règles, faire l’amour pendant cette période reste tabou. Générant honte, dégoût ou excitation cette pratique relève au plus haut de l’intime.

« Je préfère lécher l’anus d’une fille qui sort des toilettes plutôt que de lui faire un cunnilingus pendant ses règles. » À 30 ans, Alexandre* se remémore avec dégoût une mauvaise expérience avec l’une de ses premières compagnes. Pour ce chauffeur de bus, avoir une relation sexuelle pendant les menstruations est impensable. « Au début, la pénétration est plus simple.Puis, ça colle, ça ne glisse plus et la sensation sur le pénis devient désagréable et douloureuse », raconte-t-il.

Alexandre n’est pas le seul. Selon une enquête commandée par Always et Tampax en 2013, sur un panel de 1 007 femmes, 79% d’entre elles cessent les rapports sexuels lorsqu’elles ont leurs règles. Depuis, aucune étude ne s’est penchée sur le sujet, prouvant bien que ce dernier passionne peu les foules.

Libérer les flux mensutrels 

Pourtant depuis 2015, les flux menstruels se sont affichés fièrement dans le débat sociétal. Dernièrement, trois livres ont été consacrés aux menstrues, dont Ceci est mon sang d’Élise Thiébaut (éd. La Découverte). Ces essais ont permis de réconcilier les femmes avec leur utérus et ont changé le rapport qu’elles ont à leur corps.

Toutefois, « on fait un best-seller avec les intestins, pas avec les règles », commente l’auteure, faisant référence au livre à succès de l’Allemande Giulia Anders.Malgré une belle couverture médiatique, les ouvrages sur le sujet se sont peu vendus : 5 000 exemplaires(1)pour le Grand Mystère des règles de Jack Parkeret 1 500(2) pour Sang Tabou de Camille Emmanuelle. L’interdit de la sexualité, abordé dans ces deux ouvrages, fait lui l’objet de peu d’études. 

Les règles sont pourtant un phénomène naturel : les femmes les ont environ 450 fois dans leur vie. Chaque mois, la muqueuse utérine qui sert à accueillir un éventuel embryon, s’auto-détruit. On estime qu’une femme est ménopausée entre 45 et 55 ans. Cependant, la desquamation de la muqueuse utérine peut être « vécue comme de l’ordre du pourrissement », analyse Isabelle Braun-Lestrat, psychologue-sexologue, vice-présidente du Syndicat national des sexologues cliniciens. Un dégoût donc, qu’éprouvent certaines femmes dès l’adolescence et que ressentent aussi certains hommes.

Cunnilingus-vampiricus

Pour quelques-uns, la vision du sang menstruel est rédhibitoire, y compris dans un rapport sexuel. Clément, 25 ans, informaticien, témoigne : « Je n’ai jamais essayé et je m’y refuse. L’idée d’avoir des rapports ensanglantés me dérange. » Pour Pierre, Dimitri* et Simon, il n’y aucun obstacle à avoir des relations sexuelles avec une partenaire demandeuse, même pendant les règles. « Sauf s’il y a trop de sang les premiers jours, ça ne me dérange pas », affirme Simon, 25 ans, artiste. Néanmoins, tous refusent de pratiquer un rapport buccogénital : le « cunnilingus-vampiricus » comme le surnomme Élise Thiébaut. Dimitri, 32 ans, commercial, se justifie : « Si j’aperçois la ficelle du tampon, ça me fait redescendre immédiatement. »

Certaines femmes ressentent une hausse de leur libido pendant la ménorrhée. Justine*, 23 ans, étudiante, affirme : « C’est une période propice à mon épanouissement sexuel. » L’utérus est plus détendu et la pénétration est plus simple car le vagin est lubrifié par le sang et la cyprine.

Héloïse, 24 ans, étudiante, en couple depuis trois mois avec sa copine, confirme que son degré d’excitation est plus fort pendant la période des menstruations. « Quand tu désires quelqu’un et que tu as envie de faire l’amour, les règles n’influent pas la décision », commente-t-elle. La sexualité pendant les règles dans les couples lesbiens est-elle moins taboue ? Pas sûr. « Comme on connaît nos corps, il est facile de comprendre ce que ressent notre partenaire et donc d’en parler », explique Émilie, 22 ans, étudiante en arts, bisexuelle. Mais tout dépend du rapport que l’on a à ses fluides menstruels. De surcroît, « l’interdit est excitant », affirme Laura Beltran, psychologue-sexologue et co-auteure de Les femmes et leur sexe (éd. Payot).

Impureté et souillure 

Les trois religions monothéistes ont contribué à créer un climat d’anxiété autour du sexe pendant les règles et ont prohibé cette pratique.

Dans la religion juive, le quinzième lévitique de la Torah contient un passage très explicite à ce sujet : « Lorsqu’une femme éprouvera le flux, elle restera sept jours dans son isolement, et quiconque la touchera sera souillé jusqu’au soir.» Le christianisme n’est lui pas en reste : le lévitique 15 de la Bible parle « d’impureté » pour qualifier les femmes réglées. Enfin, le Coran, dans sa deuxième sourate au verset 222, préconise aux hommes de s’éloigner des femmes « pendant les menstrues » car « c’est un mal ». Des mots extrêmement peu valorisants pour les femmes donc, qui interdisent totalement d’avoir des rapports sexuels pendant cette période. Saïd, 22 ans, étudiant affirme : « La sodomie et la pénétration vaginale pendant les règles sont formellement interdites dans la religion musulmane. Je ne m’y aventurerai pas.« 

Pourtant, pour Delphine, institutrice de 48 ans, mariée à un rabbin, la période des règles est synonyme de repos et de soulagement, car elle n’a pas de relations sexuelles avec son mari. « Ça fait du bien ! », s’exclame-t-elle. Avant de pouvoir rejoindre le lit matrimonial, elle doit attendre la fin de l’écoulement sanguin et compter sept jours en plus. Enfin, elle doit se rendre au mikvé – petite piscine, ndlr. – pour se purifier. Une série de rituels destinés à s’assurer qu’elle est débarrassée de toute souillure. En 2018, ce procédé semble bien néandertalien, lorsque l’on se remémore que les règles permettent aux femmes d’avoir des enfants et font l’objet d’un enseignement dès le collège. 

Devoir conjugal

Delphine n’est pas la seule pour qui la période des règles permet d’échapper au « devoir conjugal ». Charline, 24 ans, vendeuse explique : « Je me sens obligée de faire l’amour avec mon copain au moins une fois par semaine, sinon il me fait la tête. Pendant mes règles, il me laisse tranquille. » Pour Laura Beltran, il existe peu de raisons légitimes de refuser une relation à son compagnon ou sa compagne : « Les céphalées et les menstruations sont considérées comme des excuses valables aux yeux des hommes. »

L’absence d’activité sexuelle pendant les règles résulte également de l’image que les femmes ont d’elles-même pendant cette période. « Quand j’ai mes menstrues, je me sens sale et pas désirable », raconte Laura, 24 ans, rédactrice. Associée à la peur de tacher ses vêtements ou ses draps, l’odeur prend elle aussi une place importante dans le refus d’avoir une sexualité pendant les périodes. Charline ne supporte pas « ce que ça sent ».D’après Élise Thiébaut : « Nos sens sont altérés, nous vivons dans un univers où tout doit être recouvert de parfum. » Une certaine vision idéaliste du corps de la femme résiste dans la société actuelle. « Mais le sexe ne sent ni la rose ni la violette ! », s’amuse-t-elle. Camille Emmanuelle va dans le même sens : « Il ne faut pas se priver de sexe pour des questions hygiénistes. »

Perte de la virilité 

Mais les  croyances autour des règles vont jusqu’à affirmer que les menstrues véhiculent des maladies. Sur le forum bladi.info, ‘MarxIslam’ affirme que le sang menstruel « représente un danger pour la santé de l’homme : elle peut entraîner des maladies vénériennes ou la stérilité ».​ Sur Doctissimo, ‘fre71gm’ s’inquiète de la transmission du VIH par le sang des règles lors d’une simple caresse, sans pénétration et avec un pantalon. Photo à l’appui. Dans Histoires du sang (éd. Perrin), Gérard Tobelem raconte que lorsqu’un enfant roux naissait, cela voulait dire qu’il avait été conçu pendant les règles. Taous Merakchi alias Jack Parker, créatrice du blog  passionmenstrues.com,rapporte dans son essai que, dans certaines cultures, les hommes « sont contaminés, impurs et perdent leur précieuse virilité en entrant en contact avec le sang menstruel ».

Pourtant, « le tabou de la sexualité pendant les règles associé au tabou de l’inceste a permis l’explosion démographique », explique Elise Thibéaut. L’ « impureté » de la femme pendant ses périodes et les relations consanguines éliminées, les nouveaux-nés seraient donc en bonne santé. Par ailleurs, il n’existe aucune « contre-indication médicale » à faire l’amour pendant les règles comme le confirme Isabelle Braun-Lestrat.

Les femmes – et les hommes – qui s’autorisent à faire l’amour pendant les règles se sont libérés d’une certaine pression sociale, bien que beaucoup s’y refusent encore. En levant le tabou sur cette pratique, il existe le risque de créer une nouvelle injonction, celle d’avoir une sexualité épanouie tout le temps, y compris pendant les bouleversements que connaît le corps féminin. « Il faut laisser les femmes se libérer comme elles en ont envie », énonce Jack Parker.

Judith BOUCHOUCHA 

 

* Les prénoms ont été modifiés.
(1)  Source : éditions Flammarion
(2)  Source : éditions La Musardine

Remerciements à Laura Beltran, Sophie Barel, Cluny Braun, Isabelle Braun-Lestrat, Marion Coville, Mounia El Kotni, Camille Emmanuelle, Nordy Granger, Taous Merakchi, Élise Thiébaut et à toutes celles et ceux qui ont témoigné. 

Un article initialement publié sur jelislesintelloes.com, le 7 février 2018.

Pénélope Bagieu : « Si tu adores ma BD, tu es féministe! »

À l’occasion de la parution du tome 2 de Culottéesdes femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, on a discuté féminisme et BD avec la dessinatrice Pénélope Bagieu. Interview.

Le premier tome ne lui avait pas suffi: la dessinatrice Pénélope Bagieu, 35 ans, revient avec un second volume de Culottées, des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent(éd. Gallimard). Quinze femmes aux ambitions héroïques naissent sous ses traits fins et gracieux. La plupart d’entre elles sont contemporaines et pourtant méconnues. Parmi elles, Phulan Devi, reine des bandits, Nelly Bly, première journaliste d’investigation, Mae Jemison, première femme noire astronaute, ou encore Katia Krafft, volcanologue. Toutes ces femmes se sont battues pour gagner leurs combats et réaliser leurs rêves. “Ces femmes, qui partent de nulle part, défient les lois de la nature, commente Pénélope Bagieu. J’ai choisi ces 30 portraits de façon subjective. J’ai bassiné mon entourage pendant des heures avec les vies de ces femmes. Quand je parle d’elles, j’ai les yeux qui pétillent. Elles me font vibrer. Je suis sincère et admirative.”

Dès qu’elle a l’âge de dessiner, à 3 ans, les parents de Pénélope Bagieu lui collent un crayon dans la main pour “avoir la paix”. Elle n’a plus jamais arrêté depuis. Elle se dit très bavarde et analyse: “Le dessin me permet de beaucoup moins parler”. Après un bac ES obtenu dans la douleur, elle décroche un diplôme de l’école nationale supérieure des arts décoratifs de Paris et une formation de cinéma d’animation. Pénélope Bagieu commence alors à travailler dans la pub et dans la presse comme illustratrice. Elle lance son blog, qui lui servira de défouloir, Ma vie est tout à fait fascinante. “J’avais besoin de dessiner sans contrainte.” Elle y raconte ses anecdotes de la vie quotidienne et ses voyages, de 2007 à 2014, en utilisant toujours une touche d’humour. “Sur un malentendu”, comme elle dit avec humour, un magazine féminin lui commande le personnage de Joséphine. La jeune femme lui consacrera trois tomes aux éditions Delcourt. Pénélope Bagieu arrête alors la pub et vit de “l’aventure merveilleuse de la bande dessinée”.

“ Les femmes extraordinaires sont faciles à trouver, elles sont partout, il suffit de les choisir.”

En 2013, elle est nommée Chevalier des arts et des lettres lors du festival d’Angoulême par la ministre de la Culture. Deux ans plus tard, elle s’installe à New York où elle termine sa BD au crayon noir California Dreamin’. L’ouvrage retrace la vie d’Ellen Cohen, chanteuse américaine, plus connue sous le nom de Cass Eliott. Un travail de longue haleine, qui sera d’ailleurs sélectionné pour le prix Artémésia 2016. Mais la dessinatrice ne souhaite pas poser ses crayons. “Il y avait encore beaucoup d’autres femmes dont j’avais envie de parler.” C’est chose faite avec les deux tomes de Culottées, qui mettent les femmes à l’honneur tout en délivrant un message féministe. Interview.

Comment est né le projet des Culottées?

J’ai d’abord proposé au journal Le Monde d’en faire un blog ainsi qu’à ma maison d’édition. Pour produire une bande dessinée qualitative, et si je voulais être sûre d’aller au bout de mon projet, il fallait m’imposer une contrainte supplémentaire de régularité. Immédiatement, ils ont été enthousiastes et très curieux. “Ce sera tout?”, me disaient-ils. Le simple fait que ces 30 portraits de femmes n’étaient pas “suffisants” m’a confortée dans l’idée qu’il y avait un réel travail à faire pour raconter des destins de femmes extraordinaires. Elles sont faciles à trouver, elles sont partout, il suffit de les choisir. Mais on ne les identifie pas comme héroïques, c’est aux auteurs de coller cette étiquette. On pourrait faire dix tomes des Culottées -mais il n’y en aura pas de troisième.

Le jour où tu as compris que tu étais féministe?

Le jour où j’ai réussi à être fière de ce mot en l’assumant et le revendiquant. Ce mot est considéré comme diabolique. On l’associe à l’hystérie, l’anti-mecs. Être féministe, ce n’est pas être contre les hommes, c’est simplement vouloir l’égalité entre hommes et femmes. Dire qu’on est féministe n’est pas une honte. C’est un travail de pédagogie. Les femmes sont très fortes. Il faut que les filles qui grandissent soient fières de dire “Je suis féministe”. Et si tu adores ma BD, tu es féministe.

Penses-tu que les femmes sont plus culottées que les hommes?

Les femmes sont obligées d’être plus culottées que les hommes car il y a un véritable problème d’invisibilité et de représentativité qui ne choque personne. Et sans modèles féminins, on peut reproduire ce schéma d’invisibilité à l’infini. À adversité égale, une femme doit beaucoup plus travailler. Elle doit vaincre les présupposés de la société, les parents, les maris…

“La nouvelle génération d’auteures est plus engagée et plus décomplexée.”

Comment améliorer la visibilité des femmes dans la BD?

Le problème est qu’on n’en voit pas beaucoup et que l’on en conclut qu’il n’y en a pas. Souvent dans les bandes dessinées, les héroïnes sont castratrices, méchantes, folles ou pas intégrées. Mais à chaque génération, ça avance. Les nouvelles auteures sont très jeunes et le monde de la BD se féminise en avançant dans le temps. Petit à petit, la nouvelle génération raconte leur féminin neutre qui se dilue dans le masculin neutre; si un lecteur ne se focalise pas sur le sexe des personnages, c’est qu’on a réussi. Dans dix ans, j’espère que ce manque de représentation n’existera plus.

Est-ce que la nouvelle génération d’auteures est plus engagée sur le sujet?

Oui, la nouvelle génération est plus engagée et plus décomplexée. Je suis admirative et émue lorsque je vois la génération de filles qui ont entre 20 et 25 ans qui tiennent des fanzines et des blogs. Aujourd’hui, tu peux rêver en grand, alors que moi j’ai été engoncée dans le sexisme. J’avais honte de parler de sujets de femmes. Maintenant, je vois des filles de 12 ans qui connaissent mon livre par cœur. Les réseaux sociaux sont probablement un déclencheur de cette parole assumée. On se mobilise plus vite pour dénoncer.

C’est comment de vivre aux États-Unis sous Donald Trump?

Nous avons un taré au pouvoir. Cependant, c’est super de voir la résistance qui s’installe. Les Américains et les médias mettent des battons dans les roues à Donald Trump. Il faut que les Français regardent car c’est ce qui nous attend en France si Fillon ou Le Pen passent. Il va falloir rassembler. Notre identité nationale est d’être un pays d’accueil.

T’es-tu impliquée dans la Women’s March?

Bien sûr, je suis allée marcher dans les rues de New York, qui ressemblaient à des marées humaines. Au lendemain de l’investiture de Trump, ça a été rassurant de voir que les Américains ne sont pas tous de gros racistes et que beaucoup n’ont pas voté pour lui. Lorsqu’un artiste ou une personnalité connue est médiatisé, il faut qu’il utilise son temps de parole à chaque occasion pour soutenir des causes et rabâcher les mêmes choses. En vieillissant, je suis de plus en plus énervée.

Propos recueillis par Judith Bouchoucha

Un article initialement publié sur cheekmagazine.fr, le 21 février 2017. Repris sur le site des Inrocks.